On contait jadis aux petits enfants que le jeudi saint les cloches partaient pour Rome, et en revenaient dans la nuit de Pâques. En 1451, c’est à la Chandeleur que la cloche de Soulasse disparut … pour ne plus revenir.
Ce fait divers nous est connu par une lettre de rémission du roi Charles VII datée du 9 octobre 1451, conservée aux Archives nationales. Donnons-en quelques extraits, en respectant l’orthographe et le style juridique du XVe siècle.
Le coupable auquel le roi accorde son pardon est « Estienne Pradier, aagé de trente ans environ, chargié de femme et de cinq enfants, de la paroisse des Martres ». « Le jour de Notre Dame de Chandeleur derrenièrement passé, il se transporta, environ heure de jour couchié, en l’église de Soulasse, à ung quart de lieue près de ladite paroisse des Martres, en laquelle église il print et embla (prit et vola) une cloche de métal pesant vingt livres ou environ, qui estoit pendue au clocher de ladite église pour le service divin, laquelle il rompit par pièces, et, ung mois après, la porta vendre à Clermont et vendit la livre vingt deniers. »
Fort de ce succès, Etienne Pradier convainquit son frère Antoine d’aller voler les deux cloches de la chapelle située au sommet du puy Saint-Romain. Ce qu’ils firent le 23 mai, de nuit évidemment. Ils décrochèrent les cloches, les brisèrent et mirent les morceaux dans deux sacs. Le lendemain ils louèrent un cheval « sur lequel ils chargèrent lesdits sacs et cloches qui étaient en pièces et les menèrent audit lieu de Clermont où ils les vendirent à ung nommé Jehan Maignen ».
Ensuite ils retournèrent chez eux, mais… « tantost qu’il furent arrivez, le procureur du seigneur de Canilhac et certains sergents, informez desdites choses, vindrent èsdits hostels (vinrent en leurs maisons) et prindrent les dessusdits (arrêtèrent les susdits) […] Et le lendemain au matin, furent menez en prison en la ville de Monton, ès prisons (dans les prisons) dudit seigneur de Canilhac, dont ledit Anthoine fut mis en hault de ladite prison et [Etienne] au bas. Et après qu’ils eurent demouré trois nuits èsdites prisons, ledit Etienne les rompit et s’en yssit (s’en alla), et lors se absenta dudit pays. »
D’où l’on conclut que la tour de Monton qui servait de prison était bien gardée !
Jacques Plyer (Sites et Patrimoines)
Illustration : sur la première ligne on lit « furent menez en prison en la ville de Monton »