De 1790 à 1958, les petits litiges de la vie quotidienne et les délits mineurs étaient jugés au niveau du canton. Veyre, chef-lieu de canton à partir de 1802, fut donc le siège de la Justice de paix.

Le juge de paix – qui n’était pas un juge professionnel – n’avait pas seulement pour rôle de trancher ou de sanctionner. Il exerçait aussi une mission de conciliation, destinée à éviter le recours aux procès. Il intervenait enfin dans des affaires familiales (conseil de famille, émancipation, actes de notoriété) et homologuait certains actes, comme des prestations de serment. Ce juge n’officiait que quelques heures par semaine, assisté d’un greffier. Ses services étaient gratuits.

Dans notre canton, la justice de paix n’eut pas de bâtiment propre avant 1889. Jusqu’à cette date « l’auditoire » occupait des locaux loués, soit deux ou trois pièces d’une maison de Veyre. Il fut ainsi hébergé chez un notaire, un maréchal-ferrant, un aubergiste… Le bâtiment que l’on connaît fut construit en 1889, sur les plans de l’architecte Verny (illustration). Le terrain avait été donné à la commune par le couple Barbarin-Lelong, aubergistes, qui estimaient « que la proximité du prétoire à leur maison augmenterait considérablement le débit de leur auberge ».

On peut trouver les noms des juges de paix du XIXe siècle, année par année, aux Archives départementales. Deux d’entre eux se distinguent par leur longévité : Yves Claude Allemand, qui officia pendant 37 ans, de 1804 à 1841, et Joseph Vidal, en fonction pendant 22 ans (1841-1848, puis 1850-1865). Contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là, l’homme politique Agénor Bardoux (1829-1897) ne fut jamais juge de paix à Veyre. Il n’avait d’ailleurs aucune attache avec notre commune ou notre canton. Les amateurs de patronymes célèbres noteront cependant qu’entre 1866 et 1870 il y eut à Veyre un juge nommé … Giscard. Prénommé Théodore-Jean-Jacques, ce fut l’un des quatre arrière-grands-pères de l’ancien président de la République (dont un autre arrière-grand-père fut Agénor Bardoux !).

Le dernier juge de paix du canton, Paul Chadefaux, tint sa dernière audience publique, « au prétoire ordinaire », il y a exactement soixante ans, le 23 janvier 1959.

 Jacques Plyer

(Sites et Patrimoines)

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