Dans les registres de sépultures de la paroisse de Monton durant la fin de l’Ancien Régime, la majorité des actes ne spécifient pas le lieu de l’inhumation du défunt. Mais quand il est mentionné, c’est toujours au cimetière originel de la paroisse, qui pendant des siècles se trouvait à proximité de l’église dédiée à saint Hilaire, au lieu-dit de Saint-Alyre.

Avec la terrible hécatombe des années 1693-1694, la nécessité de construire un nouveau cimetière s’impose. Une succession de très mauvaises récoltes, la cherté des céréales que cela entraîne, puis un hiver particulièrement rigoureux ont réduit les plus démunis à la famine et affaibli la résistance de la population aux épidémies. Cette effroyable misère multiplie les décès et oblige à inhumer sans cesse, jusqu’à cinq personnes par jour, pendant des mois. Certains sont encore enterrés « au cimetière de Saint-Allyre sous Monton » (1699, 1709, 1712...) mais la majorité des autres le sont, dès 1694, « au cimetière de Monton », dit « cimetière nouveau » (1697). Il semble qu’il existait aussi alors un « cimetière des petits enfants », « joignant l’église de Monton ». Signalé dans deux actes seulement (1693 et 1736), peut-être a-t-il répondu à la même urgence ? Lors de sa visite pastorale de 1703, l’évêque trouve « le cimetière nouveau bien clos » – et c’est aux yeux de tous un élément désormais primordial de salubrité publique – mais constatant l’état d’abandon de l’église de Saint-Alyre, il l’interdit au culte et « fait défense à tout prêtre d’y célébrer et enterrer personne. »

Pourtant, malgré l’interdiction épiscopale, les habitants de Soulasse et de Veyre – et ceux qui mouraient à proximité, comme cet « homme qui avait été assassiné dans le grand chemin » en décembre 1764 – continuèrent à être enterrés à Saint-Alyre, dans « l’ancien cimetière de cette paroisse » (1738), et cela jusqu’à la Révolution. Le chemin de la Côte des Morts qui descend de Soulasse à Saint-Alyre rappelle cette époque.

(A suivre)

 

Geneviève et Jacques Plyer (Sites et Patrimoines)

(Illustration : Pierre tombale adossée à l’ancienne église Saint-Hilaire)

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